MéthodeRégulanceDr Xavière Desmet

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Les bruits blancs : une fausse bonne idée

Le bruit blanc masque le son pendant l'écoute, et l'intensité remonte dès l'arrêt. Ce n'est pas une impression : il y a une explication physiologique, et elle change ce qu'il faut faire le soir.

C'est une question qui revient sans arrêt : « j'ai des acouphènes, est-ce que le bruit blanc est une bonne idée ? »

La réponse courte est non. Et comme elle va à l'encontre de ce qu'on lit à peu près partout, y compris dans certains cabinets, je vais expliquer précisément pourquoi.

Le constat, d'abord

La plupart des personnes qui souffrent d'acouphènes et qui utilisent des bruits blancs constatent la même chose : le son est bien masqué pendant l'écoute, mais son intensité remonte, souvent plus fort, dès l'arrêt.

Ce n'est pas une impression. Il y a une explication physiologique, et elle demande de comprendre ce qu'est réellement un bruit blanc.

Qu'est-ce qu'un bruit blanc

Le bruit blanc porte ce nom par analogie avec la lumière blanche. La lumière blanche contient toutes les longueurs d'onde du spectre visible : c'est l'accumulation de toutes les couleurs, et c'est pour cela qu'en la passant dans un prisme on obtient l'arc-en-ciel.

Le bruit blanc fonctionne pareil, non pas avec les longueurs d'onde visibles, mais avec toutes les fréquences sonores audibles par l'oreille humaine.

C'est ce qui le rend si pratique en apparence. Puisque toutes les fréquences sont représentées, certaines d'entre elles recouvrent forcément la fréquence de vos acouphènes et les masquent. La perception diminue, et on accède à un mieux-être. Transitoire.

Le problème : un cortex auditif déjà surexcité

Des études ont observé que les personnes souffrant d'acouphènes ont un cortex auditif en état d'hyperexcitabilité.

Le cortex auditif est la zone du cerveau chargée de traiter les sons, en convertissant un signal électrique en son perçu. Chez les personnes acouphéniques, les neurones de cette zone ont une activité électrique anormalement élevée. C'est cette activité anormale qui donne naissance aux sons fantômes que sont les acouphènes subjectifs.

Maintenant, envoyez du bruit blanc dans ce système.

L'ensemble des fréquences sonores émises provoque une activité électrique intense dans une zone déjà hyperactive, et amplifie son état d'excitation.

Une sorte de feu d'artifice neuronal dans un réseau déjà hyperactif. Cela déstabilise encore davantage une activité déjà anormalement élevée.

Vous obtenez un soulagement pendant l'écoute, au prix d'un terrain rendu un peu plus réactif après. C'est exactement pour cela que beaucoup de personnes constatent qu'en s'habituant, elles doivent monter le volume : ce n'est pas l'oreille qui s'habitue, c'est le système qui se sensibilise.

Ce que dit la littérature

Ce n'est pas une opinion isolée. Une revue publiée en 2018 dans le JAMA Otolaryngology, Head & Neck Surgery examine précisément les conséquences non intentionnelles de la thérapie par bruit blanc dans les acouphènes, et alerte sur ses effets potentiellement nuisibles à long terme sur le système auditif central et sur l'intégrité structurelle du cerveau (1).

Le titre de cet article parle d'un « effet cobra » : une solution qui aggrave le problème qu'elle prétend résoudre.

Il y a une exception, et elle compte

La détresse aiguë. Pour une personne en situation de détresse intense, avec des acouphènes absolument insupportables, le bruit blanc peut offrir quelques heures de répit. Dans ce contexte précis, ce répit a une valeur réelle, et je ne vais pas le retirer à quelqu'un qui n'arrive plus à tenir.

Ce que je dis, c'est qu'il s'agit d'une béquille de crise, pas d'une stratégie. Le problème commence quand la béquille devient le quotidien, tous les soirs, pendant des mois.

Que faire à la place

La question derrière le bruit blanc est presque toujours la même : comment je fais pour supporter le silence, en particulier le soir.

C'est une bonne question, et elle mérite mieux qu'un masquage. Le silence est difficile parce qu'il retire toute concurrence sonore, ce qui laisse toute l'attention disponible pour le son. Le levier n'est donc pas de couvrir le son, mais de réduire la réaction d'alerte qui l'entoure.

Concrètement, plutôt que de lancer un bruit blanc au coucher :

  • Une pratique respiratoire à expiration longue, cinq à dix minutes, avant de vous coucher
  • Un son choisi et non continu si vous ne supportez pas le silence complet : une musique calme, un texte lu, quelque chose qui occupe l'attention plutôt qu'un mur sonore qui sature toutes les fréquences
  • Un travail de fond sur le tonus du système nerveux, qui est ce qui change réellement la donne au bout de quelques semaines

La différence est importante : un signal ciblé et modéré n'a rien à voir avec un spectre complet envoyé en continu dans un cortex hyperexcitable.

Source

  1. Attarha M, Bigelow J, Merzenich MM. Unintended Consequences of White Noise Therapy for Tinnitus, Otolaryngology's Cobra Effect: A Review. JAMA Otolaryngol Head Neck Surg. 2018;144(10):938-943.

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